(Version française) L’irréductibilité (French version)

Je souhaite terminer mes recherches personnelles sur l’herméneutique symbolique et artistique de l’art africain, recherches qui ont commencé par Lasciando lo scuro all’oscuro. (https://artidellemaninere.com/2016/05/06/lasciando-loscuro-alloscuro/) et qui ont continué avec l’œuvre L’homme qui était sorti de notre mémoire avant d’y entrer (https://artidellemaninere.com/2016/05/19/lhomme-qui-etait-sorti-de-notre-memoire-avant-dy -entrer /), soulignant, à mon avis, un trait qui caractérise la lecture de ces artéfacts artistiques.

Dans un autre contexte, Roland Barthes a souligné un élément qui, lorsqu’il est observé avec une profonde attention, se retrouve récurrent dans la vision des portraits photographiques.

Cet élément est l’irréductibilité, qui est la persistance et la permanence d’un élément physiognomique et expressif qui va au-delà de l’âge d’un sujet et qui le caractérise d’une manière unique et particulière.

Il s’agit d’un élément qui, dès l’enfance,  constitue une empreinte unique et inimitable qui accompagnera cette personne tout au long de sa vie et qui, si elle est soigneusement étudiée, apparaîtra dans chaque image photographique du sujet en question à toutes les étapes de sa vie.

Par analogie, même dans les productions artistiques de l’Afrique, un élément irréductible est toujours détectable et constitue l’empreinte culturelle, je dirais même « l’empreinte génétique » d’un peuple particulier, ou d’une ethnie particulière.

Cette caractéristique irréductible n’est pas facile à décrire. Peut-être convient-il alors de procéder par élimination, à savoir l’exclusion de tout élément qui ne corresponde pas au concept d’irréductibilité. Probablement avec une telle modalité sera-t-il plus facile de définir ses constituants fondamentaux. Qu’est-ce que l’irréductibilité n’est pas ?

Young Fulani Girl, Sudan. Vintage Postcard Photographer M. Simon. Djenne, Mali, Date Unknown, possibly 1920's.

Young Fulani Girl, Sudan. Vintage Postcard Photographer M. Simon. Djenne, Mali, Date Unknown, possibly 1920’s.

L’irréductibilité n’est pas de la répétition

Dans la mesure où elle constitue une caractéristique inhérente à la production artistique, persistante et vérifiable,  elle pourrait faire penser qu’il ne s’agit que d’une banale répétition, à savoir une simple et triviale transposition d’un même canon artistique répété à outrance. Ceci est partiellement vrai, mais seulement et exclusivement en présence d’artefacts non authentiques, en présence de copies ou de faux, où la redondance d’un tel canon, souvent mal compris, est réédité à l’infini, sans âme et sans aucune spontanéité exécutive. L’irréductibilité, en revanche, est l’ensemble de ces éléments qui caractérisent purement et simplement l’art d’un peuple,  rendant inimitable ses productions artistiques . Qu’il s’agisse d’une posture particulière ou de l’expression du visage , ou même les modalités d’exécution de chaque particularité physiognomique,  ces éléments caractérisent une production artistique de façon si particulière que l’on ne peut ne pas la reconnaître , même dans l’ univers infini des centaines et des centaines de groupes ethniques ou aires culturelles qui constituent le monde classique de l’art africain.

Ovambu, Namibia

Ovambu, Namibia

 L’irréductibilité n’est pas de la redondance

Bien au contraire, une hypertrophie ou anormale exagération des formes et des volumes peut dramatiquement nous éloigner du concept d’irréductibilité au lieu de nous en rapprocher. Comment ne pas se rendre compte de ces  exagérations qui constituent une puérile et grotesque tentative de copier l’original ? Comment ne pas y détecter la volonté  d’en faire trop pour rendre crédible ce qu’il y a de plus obscène dans l’art, à savoir la falsification à des fins purement commerciales ?

Amardi Woman at Okondo's Village in the Belgian Congo, Photograph byJames P. Chapin (1889-1964

Amardi Woman at Okondo’s Village in the Belgian Congo, Photograph byJames P. Chapin (1889-1964

 L’irréductibilité n’est pas de la complexité

Précisément parce qu’elle est inhérente à la culture d’un peuple en particulier, l’élément irréductible de la production artistique émane naturellement, je dirais spontanément ; Il n’est point nécessaire d’une artificialité complexe pour imposer ses propres caractéristiques! Cela ne signifie pas qu’il faille confondre la spontanéité avec de la banalité puisque même le masque ou la sculpture les plus simples sont l’expression de ces significations symboliques et profondes que j’ai décrites dans mes œuvres précédentes.

Women of the Sango Tribe, Banzyville (Ubanghi) (c. 1905) Henry Wellington Wack .

Women of the Sango Tribe, Banzyville (Ubanghi), c. 1905,  Henry Wellington Wack

L’irréductibilité n’est pas déployable

Vu qu’il s’agit de l’âme de l’expression d’une culture spécifique, l’élément irréductible ne peut être  déployé nulle part ailleurs parce qu’inhérent à ce peuple particulier dans une région géographique bien spécifique. Certes, puisqu’aucun microcosme social et culturel ne peut être considéré comme une entité fermée, impénétrable et imperméable, ils doivent être considérés comme des influences communes entre les populations voisines et par conséquent il y a beaucoup d’œuvres créées par la confluence des canons stylistiques de différentes populations,  contiguës sur un plan territorial.  Il est des rares cas où la production d’œuvres d’art d’un peuple a été carrément confiée à des sculpteurs venant d’autres groupes ethniques, mais cela ne change rien au fait que la caractéristique distinctive et irréductible d’une œuvre appartient  à un peuple spécifique,  et donc pas du tout déployable sous d’autres cieux. Même dans les soi-disant œuvres de “contamination” , cet élément que j’ai défini comme irréductible est toujours repérable, , aux côtés des références des cultures voisines, mais différentes de par leur histoire et leur culture.

A Bembe woman carrying water in the Congo 1951, by Eliot Elisofon.

A Bembe woman carrying water in the Congo 1951, by Eliot Elisofon

L’irréductibilité n’est rien d’autre que l’irréductibilité

Que reste-t-il donc de cette définition après l’analyse de ce que l’irréductibilité n’est pas? Qu’est-ce qui perdure dans ce concept? À mon avis ce qui est essentiel est le seul élément qui va au-delà de tout adjectif et qui se caractérise comme «la chose en soi,” das Ding an sich » des mémoires  de Kant, à savoir, ce qui reste au-delà de toute esthétique et spoliations conceptuelles. Au fond, l’âme est encore visible et caractérise irréductiblement cette culture spécifique.

Ceci est l’irréductibilité !

Elio Revera

 

Ragazza Fang, 1947

Young Fang Girl, Gabon, 1947 ca.

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